Journées Jeunes Chercheurs 2021

Ces Journées Jeunes Chercheurs porteront sur l’écriture de la nation aux XVIIe et XVIIIe siècles, en France, dans les îles britanniques et dans les Treize Colonies, et notamment sur la façon dont un individu peut participer à la construction d’une identité nationale, et donc collective. La France et la Grande-Bretagne, puis l’Europe et l’Amérique, s’étant souvent définies en opposition l’une à l’autre, le rapport à la nation y est d’autant plus complexe qu’il s’inscrit dans un dialogue entre identité et altérité, singularité et pluralité. Comment, dans le contexte politique, social et religieux de la première modernité, marqué par la dissension et la coexistence de diverses « communautés imaginées » (Anderson 1983), ce sentiment national a-t-il pu se développer ?

Appel à contribution

L’objet du colloque est d’établir des liens entre l’essor d’une conscience et d’une écriture nationales. Dès la fin du XIIe siècle, le mot « nacion » en vieux français faisait référence à un peuple uni par une origine, une langue et une culture communes (CNRTL 1b), et l’on retrouve ce terme dans des textes anglais dès le XIVe siècle grâce à l’influence anglo-normande. Le cas de l’Angleterre (puis de la Grande-Bretagne) et de ses colonies américaines, ainsi que celui de la France, sont de ce point de vue particulièrement complexes du fait de la pluralité des origines ethniques et des mythes fondateurs qui mettent en question la possibilité d’une identité propre à chaque pays. Alors que la place à accorder au « roman national » dans nos sociétés fait débat aujourd’hui, les XVIIe et XVIIIe siècles voient déjà émerger une littérature qui façonne peu à peu une identité collective, notamment par l’appropriation ou la réappropriation de formes et de genres littéraires. Les écrivains de cette période réinventent un rapport au territoire par le biais de l’écriture, alors même que l’on observe une porosité culturelle entre les pays.

Cependant, l’identification à la nation n’est pas pensée, ressentie et représentée par tous de la même manière. Selon Richard Helgerson (1992), une identité commune passe par un langage commun ; de même, la construction de la nation passe par la construction parallèle de la figure de l’écrivain. Comment les dynamiques de rivalité et d’émulation entre des identités nationales naissantes peuvent-elles favoriser l’émergence d’une conscience collective ? Peut-on concilier la pluralité des textes (chroniques, poésie, théâtre, essais…) avec l’unicité a priori inhérente à l’idée de nation ? Comment l’individu peut-il s’identifier à la nation ou, au contraire, s’en distancier ? Et quel rôle jouent les conflits religieux et politiques—et, au premier chef, les Révolutions anglaises et américaines—dans l’affirmation et l’écriture de ce sentiment d’appartenance nationale?

Les participant.e.s sont invité.e.s à réfléchir, entre autres, aux axes suivants :

  • Inclusion ou exclusion de communautés ou d’individus dans les textes ; rapport à l’étranger (questions irlandaise et écossaise pour l’Angleterre, mais aussi statut particulier des Treize Colonies) ;
  • Dialectique de l’identité et de l’altérité ; tension entre ce qui est pensé comme un « centre » et ce qui est posé comme une « marge » ou une « périphérie », tant sur le Continent, que dans les îles britanniques (« Celtic fringes » vs « Home Counties », crises politiques et culturelles nées des deux Actes d’Union, etc.) et dans les Treize Colonies ; réversibilité des points de vue et construction dialectique des identités ;
  • Réappropriation de formes et de genres littéraires continentaux ; tension entre traditions continentales, anglaises ou propres aux espaces « coloniaux » ; poésie aristocratique et théâtre populaire ;
  • Recherche de liens avec un passé mythique ; caractère sacré de la nation ;
  • Insularité et frontières ; rapport entre territoire et individu ; relations entre territoire réel et territoires imaginaires ;
  • Sentiment belliqueux et « littérature engagée » ; sentiment national et velléités impérialistes ; textes de combat politique et d’émancipation nationale ;
  • Rôle du récit de voyage dans l’émergence de la nation ;
  • L’émergence d’une nation entre mère patrie et colonies, entre ancien monde et nouveau monde.

Soumission des propositions

Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur de 300 à 500 mots, ainsi qu’une courte bio-bibliographie sont à adresser conjointement à Meriel Cordier (meriel.cordier@outlook.fr), Alix Desnain (alix.desnain@outlook.fr) et Mickaël Popelard (mickael.popelard@unicaen.fr) avant le 31 mai 2021.

   

Responsables

Meriel Cordier (meriel.cordier@outlook.fr)

Alix Desnain (alix.desnain@outlook.fr)

Mickaël Popelard (mickael.popelard@unicaen.fr)

Calendrier

31 mai : date limite d'envoi des propositions de communication

mi-juin : retour du comité scientifique

21-22 oct. : journées jeunes chercheurs

Webmaster

Alix Desnain

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